samedi 6 juillet 2019

Mary Lou Freel: des leçons d'art sous les combles


Mary Lou Freel créait des œuvres dans le grenier de la maison familiale, quand elle était enfant. En effet, c'est sous les combles que son père, pianiste de jazz, lui a donné ses premières leçons d'art. Depuis trente-cinq ans, elle crée des tapisseries surprenantes et surréalistes, des peintures, des sculptures et aussi des livres-oeuvres. Entretien avec une artiste qui utilise la laine, le coton et la soie pour créer des broderies qui racontent des histoires mêlant parfois les époques et les personnages, à l'instar d'un rêve. 

Des jeux de guerre sous les combles

Ses travaux sont entreposés les uns sur les autres, sur un grand lit à baldaquin. Sa mère et sa grand-mère qui lui ont appris les rudiments de l'aiguille; tandis que que son père l'a initiée très jeune aux arts plastiques. Leur première création, un jeu de guerre monté sur une planche de contre-plaqué avec des rivières et des montagnes, peintes et collées, était en fait un jeu de stratégie : '' Nos petits soldats étaient faits de plasticine, et nous pouvions les écraser lorsqu'ils étaient tués, ou les sauver dans une petite boîte quand ils étaient sauvés.''


Son parcours académique, ses inspirations...
 
Mary Lou Freel a étudié la musique à l'université de Toronto, la science des bibliothèques à l'université McGill, et l'art à l'université Concordia. Toutefois, elle considère que son parcours académique n'a pas eu de grande influence sur son art.

En tant que libraire, elle possède de nombreux livres sur l'histoire de l'art qui l'inspirent dans ses
travaux. C'est à l'université Concordia qu'elle apprend différents procédés en ce qui a trait à l'art
visuel; mais elle choisit ensuite de se tourner vers les techniques de son enfance, en reprenant du fil et une aiguille.


Distriboto : des machines distributrices de cigarettes, reconverties en distributrices d'art 

Mary Lou Freel a aussi vendu ses mini-livres d'art dans les machines de Louis Rastelli à deux reprises. Il s'agit d'appareils placés dans les maisons de la culture ou dans des endroits stratégiques, qui proposent des petites œuvres à faible coût.

                                                                                          Crédit: Sarah Gilbert

Technique de travail de l' artiste

Mary Lou Freel trace d'abord l'image sous le support, exposant ainsi la moitié du dessin et des couleurs sous la surface, ce qui ressemble à du tissage. ''Parfois, le commencement de l' oeuvre est la meilleure partie du travail.'' Elle travaille aussi chaque pièce textile durant plusieurs mois, et ce à chaque matin.


Un grand ciel obscur, bleu royal 

Lorsque j'ai demandé à Mary Lou Freel quels étaient ses projets artistiques à moyen terme et à long
terme, elle m'a parlé d'une série de six pièces textiles qu'elle est en train de terminer, et qui sont les parties d'un large ciel dark, bleu royal, appelé Sacrificial animals. 

''Parmi les étoiles, les planètes et les débris humains. Ces six œuvres textiles iront au-dessus d'une large peinture que j'ai réalisée l'hiver dernier, en harmonie avec un paysage horizontal que j'ai aussi créé, bonifiées d'une courte histoire: Infusoria. J'aime créer des œuvres qui se complètent entre elles, même si cela prend trop de place dans les expositions, et que je dois les diviser en parties.''




Mary Lou Freel m'a aussi fait parvenir le premier essai (ci-haut) d'une série de larges travaux d'aiguille qu'elle prévoit réaliser en 2019-2020, et qui lui ont été inspirés par un vieux livre qu'elle s'était procuré au coût de 25 cents, il y a déjà plusieurs années, mais dont l'illustrateur reste inconnu. Le sujet des illustrations s'intéresse à la Bible.''God knows what things will look like in thread!''

Suggestions musicales

Puisque la musique demeure pour plusieurs artistes un élément clé dans leur processus de création, j'ai choisi de terminer mes chroniques avec les suggestions musicales des artistes.
 
Mary Lou Freel s'inspire beaucoup de la musique classique. Elle m'a nommé Schubert, Chopin et
Satie. Elle m'a aussi parlé du groupe Wintersleep, qu'elle a découvert récemment, et de Cage the
Elephant. 

dimanche 9 juin 2019

Natacha Nellis: Un univers fantastique, entre le rêve et les jeux d'enfants


Natacha Nellis est fascinée par ce qui reste caché et magique. Le mystérieux, l'obscur et ce qui sort du rationnel. Elle aime évoquer un côté ludique dans ses oeuvres, un univers fantastique émanant à la fois du rêve et des jeux d'enfants. Entretien avec une artiste, une mère et une passionnée du design et de la mode; qui conjugue ses intérêts dans la réalisation de ses toiles photographiques.  



L'extravagance des costumes, ou l'aspect théâtral dans le travail de Natacha Nellis

Natacha Nellis a entrepris des études en design de la mode. Elle a ensuite bifurqué vers un autre
domaine d'étude : les arts visuels. Lorsque j'ai demandé à l'artiste si ses études en design de la mode avaient eu de l'influence sur son art, voici ce qu'elle m'a répondu : ''J'ai toujours aimé la mode. J'admirais les couturiers tels qu'Alexander McQueen et Jean-Paul Gaultier. L'extravagance de leurs costumes m'a certainement inspirée à entreprendre mes études en design de la mode. Malheureusement, le programme s'est avéré trop technique pour moi. J'ai réalisé que pour laisser s'épanouir ma créativité en toute liberté, je devais me tourner vers les arts visuels.'

Natacha Nellis a l'habitude de dégoter des costumes et des accessoires dans les boutiques de 
seconde main, et ces éléments deviennent ensuite des aspects dominants dans les mises en scène qu'elle imagine. '' Je passe un certain temps à la recherche de costumes et d'accessoires insolites. 
Il m'arrive aussi d'en fabriquer moi-même. C'est en m'inspirant de ceux-ci et de scènes de tableaux anciens que je crée mes mises en scène.''

Puisqu'il y a un côté très théâtral dans le travail de Natacha Nellis, j'ai voulu savoir si elle avait déjà
touché au monde de la scène et du théâtre : ''À part de très brèves vidéos réalisées dans le cadre de mes études, on peut dire que non. La porte est pourtant ouverte car on sait mon amour de la mise en scène et des costumes.'' 

L'enfance, le ludique et l'onirique

Natacha Nellis explore bien souvent les thèmes de l'enfance et des univers fantastiques, en prenant pour modèles ses propres enfants. ''Les enfants - dont les miens - sont des êtres très créatifs et infiniment libres de par leur imagination. Les notions géo-spatiales et temporelles propres aux adultes leur sont étrangères, mais ils savent imposer leurs propres règles à leurs jeux. Pour eux, le pas du ludique à l'onirique est vite franchi, et ils sont instinctivement attirés par ce qui est mystérieux.''

L'univers du conte est aussi très présent dans l'œuvre de Natacha Nellis, pigmenté par des tons sombres et des textures de velours; créant des ambiances obscures qui rappellent l'époque victorienne. J'ai demandé à l'artiste de m'expliquer la corrélation entre le monde du jeu et celui de l'obscur, dans son oeuvre: ''À leur origine, les contes pour enfants servaient de mise en garde contre les vicissitudes de ce monde. Examinées lucidement, ces histoires sont souvent sordides et empreintes de cruauté.''

Un mode de création très instinctif
 
Natacha Nellis s'inspire de tableaux anciens pour créer ses oeuvres, mais une grande part
d'improvisation demeure aussi impliquée dans son processus de création. '' Je laisse les acteurs agir à leur guise.Mon rôle lui-même est imprégné de liberté et de spontanéité. Puisque la scène évolue 
de façon anarchique, je suis portée à prendre beaucoup de clichés, ne me refusant aucune 
fantaisie ou idée, et laissant les acteurs m'en proposer.''
 
L'artiste a aussi touché au dessin et à la sculpture, mais son médium de prédilection demeure la
photographie, un moyen d'expression beaucoup plus instinctif : ''Je dois admettre que la patience 
n'est pas mon point fort, et je crois que l'instantanéité de l'acte photographique me correspond 
davantage que les longues heures dédiées à une toile de peinture. Cette rapidité d'exécution me 
permet beaucoup plus de liberté et de spontanéité.''
Aller jouer dehors

Lorsque j'ai demandé à Natacha Nellis quels étaient ses projets artistiques à moyen terme et à long
terme, elle m'a parlé de son projet d'amener ses mises en scène à l'extérieur. '' ...laisser la nature 
me donner une part de l'inspiration jusqu'alors dispensée par les objets...'' Sinon, elle vient aussi de terminer son baccalauréat; et elle envisage de compléter une maîtrise dans le but de continuer à peaufiner sa démarche artistique.
Suggestions musicales
Puisque la musique demeure pour plusieurs artistes un élément clé dans leur processus de création, j'ai choisi de terminer mes chroniques avec les suggestions musicales des artistes.

 Lors de ses déambulations à la traque des objets et des costumes qui l'inspirent, Natacha Nellis
aime s'imprégner des ambiances planantes de Sigur Ross, Phillip Glass, ou encore du rock nostalgique de son adolescence, comme Hole et Smashing Pumpkins.


On peut suivre le travail de Natacha Nellis sur instagram : nellisnatacha, et son site web est en actuellement construction.

vendredi 10 mai 2019

René Donais: des histoires intrigantes et des écorchés dans le cuivre

                                                                              Les intestins en fleur, 2012
René Donais réalise des gravures, souvent d'inspiration orientale, et qui s'intéressent aux corps déformés pour créer des personnages. Fascinants et horrifiques, ils exposent leurs viscères et racontent des histoires. Entretien avec un artiste, un historien de l'art et un passionné du monstrueux et de l'étrange, qui propose de découvrir une multitude d'histoires insolites et de phénomènes bizarroïdes. 
Un ensemble de techniques sur une matrice de cuivre
René Donais a commencé à s'intéresser à l'art par l'entremise de la gravure à l'eau forte, un procédé qui consiste à marquer le métal à l'aide d'un acide. Ensuite, il découvre la gravure en taille-douce. Un ensemble de procédés au cours duquel l'encre se dépose dans le creux du métal, plutôt qu'en surface. René Donais utilise la pointe sèche, le burin, l'eau forte, et la manière noire; une technique qui permet d'obtenir des demi-teintes subtiles. 


                                                                                    Les Génitures, 1996
Les anamorphoses
René Donais aime raconter des histoires à travers ses oeuvres. Il s'intéresse aussi aux anamorphoses, des déformations réversibles de l'image qu'il est possible de reconstituer à l'aide de miroirs (tubes ou cônes). Lorsque j'ai demandé à l'artiste ce que ces œuvres représentaient pour lui, voici ce qu'il m'a répondu :« Lors de la maladie (cancer de la plèvre) de la mère de ma fille, j’ai essayé de créer des œuvres qui pourraient dévier le cours de cette maladie. Les anamorphoses, des déviations et des déformations visuelles bizarres, susceptibles d’être reconstituées par des miroirs pour leur configurer à nouveau leur sens, m’avaient semblé être une voie particulièrement sensible pour créer des « talismans de guérison ».
« Mon exposition des Talismans de guérison en 2001 figure dans le palmarès de mes expositions les plus marquantes, d’autant plus que la fin de cette exposition a coïncidé avec le décès de la personne à guérir ». 

 
                                                              Les nouveaux porcs, 2007

Les écorchés d'anatomie

René Donais a réalisé en 1998 une exposition consacrée aux écorchés d’anatomie de Fragonard. Honoré Fragonard était un anatomiste français, (1732-1799) célèbre pour ses pièces anatomiques, les écorchés. Ses œuvres ont été exposées dans les cabinets de curiosités de toute l'aristocratie de cette époque. 
«J’y avais fais ma première plaque de cuivre de grand format, un écorché tenant une mandibule de cheval. Pour ce projet, je m’étais rendu chercher dans un abattoir une tête de cheval, pour en extirper la mandibule. Drôle d’entreprise, surtout en février glacial! J’avais commencé à faire doucement cuire cette pièce d’anatomie dans mon four, bien trop petit! Au début, une douce odeur de cuisson régnait dans mon petit appartement. Vers 3 heures du matin, je me suis soudainement réveillé avec le nez agressé par une odeur mauvaise. J’ai ouvert la fenêtre, puis je gelais. Je l'ai refermée, puis j’étouffais; alors je me suis sauvé de l’appartement pour y revenir un peu plus tard, en constatant l’épouvantable odeur de charogne qui avait pris d'assaut tout l'étage. Le reste du travail (essentiellement nocturne) s’est poursuivi à l’atelier de gravure Graff ». 
  

L'art contemporain chinois: influence marquante de  l'œuvre de René Donais

René Donais a vécu en Chine entre 1988 et 1990. J'ai voulu savoir de quelle façon ce dépaysement avait-t-il marqué son œuvre : « Mon programme d’étude en Chine était centré sur l’art contemporain chinois, dont le développement a été spectaculaire à la fin de la Révolution culturelle. J’étais à Beijing lors de l’écrasement du mouvement populaire étudiant à Tian an men, en mai 1989. En 2007, j’ai entrepris des portraits froissés des personnalités les plus marquantes de cet événement, tant les dirigeants politiques que les leaders étudiants. Faire ces portraits en gravure en manière noire m’avait procuré un sentiment particulier. Lors du passage sous presse de ces planches pour l’impression sur papier, j’avais l’écho des tanks qui s’étaient mis à écraser la révolte ».

                                                                 Seppukugraphie, 2016

L'atelier Circulaire : un centre d'artistes dédié à la diffusion des arts imprimés
René Donais travaille à l'Atelier Circulaire depuis 20 ans. «L’Atelier Circulaire est un collectif d’artistes qui regroupe maintenant les techniques traditionnelles de l’estampe, de la gravure en taille-douce et de la lithographie. Mais aussi des techniques plus modernes, telles que la sérigraphie, l’impression numérique et, un ajout tout récent : la gravure au laser ». 

                                                                  Histoire d'os, 2011
On peut suivre le travail de René Donais sur sa page Facebook personnelle, et ses œuvres sont aussi présentées régulièrement dans le magazine 106U. 
 « Avez-vous en main le fabuleux numéro 21?»  ;)

Suggestions musicales

Puisque la musique demeure pour plusieurs artistes un élément clé dans leur processus de création, j'ai choisi de terminer mes chroniques avec les suggestions musicales des artistes.
En travaillant, René Donais aime écouter l'oeuvre de Jean-Paul Dessy, « L’ombre du son ». Il apprécie aussi à l'occasion Nina Hagen. 

 





 



jeudi 11 avril 2019

Laurie Pronovost: une artiste polymorphe du Dark art

  • Cet article est paru précédemment dans la revue Clair/Obscur, 31 juillet 2018
Mascarade Sageek 2017

Laurie Pronovost dessinait des créatures aux allures étranges, pendant que les autres enfants dessinaient des maisons et des soleils. Elle aimait surtout s'inspirer de ce que les autres trouvaient répugnant, comme les insectes ou les poissons des abysses. Elle passait des heures à gribouiller dans ses cahiers, créant des multitudes de visages, tous plus inquiétants les uns que les autres. Entretien avec une artiste polyvalente, fascinée par l'univers de l'horreur et de l'étrange. 
 
Laurie Pronovost s'intéresse tout d'abord au dessin, avant d'explorer l'art visuel sous de multiples facettes. En effet, l'artiste est une véritable touche-à-tout dans son domaine, et elle peut parfois s'improviser couturière, coiffeuse, maquilleuse ou électricienne, lorsque le projet artistique dans lequel elle s'est lancée s'y prête. 

                                                            Poisson des abysses, 2010
 
Une découverte de l'art à travers l'abstrait

Interrogée au sujet de son cheminement artistique, Laurie Pronovost explique qu'elle a d'abord commencé à peindre en réalisant des œuvres abstraites. Elle a présenté sa première exposition très jeune, vers l'âge de dix-sept ans. ''C’était une série de peintures abstraites, à l'acrylique, rappelant l’univers, les galaxies et les planètes. Ça m’a permis de faire une bonne étude des couleurs, des textures et aussi de me familiariser avec le médium.''


Par la suite, sa passion pour l'horreur et la fête de l'Halloween inspirent son œuvre. '' J’ai toujours eu un penchant pour ces personnages qui nous troublent …''

Elle se dirige donc vers l'art figuratif. 


 Une habile superposition des couleurs


Lorsque j'ai demandé à Laurie Pronovost de nous parler de ses étapes de création, elle
a tout de suite souligné l'importance des détails. ''Je commence par faire mon dessin et je ne néglige pas les détails, c’est tellement intense que parfois les gens me trouvent un peu folle de mettre de la peinture par-dessus.''


Au moment d'ajouter la couleur, l'artiste travaille toujours de façon à pouvoir peaufiner au maximum les détails de son œuvre. ''Je travaille avec l’acrylique parce-que j’aime sa polyvalence. Je peux la diluer, de sorte que je ne perds jamais mes repères. Je superpose plusieurs couches de peinture jusqu'à ce que la couleur me semble assez pigmentée, ce qui me permet ensuite de peaufiner les détails.''


Des créations 100% originales à venir...

Laurie Pronovost a réalisé de nombreuses reproductions inspirées de ses films d'horreur préférés. Elle crée aussi des maquillages d'horreur depuis plusieurs années. Ce cheminement l'emmène aujourd'hui à vouloir peindre ses premières œuvres originales. '' Je me sens maintenant plus à l’aise pour inventer mes prochains tableaux. C’est dans cette veine que je voudrais m’enligner dans le futur. ''

 Qu'est -il arrivé à baby Jane? Acrylique, 2014


La grande mascarade de l'horreur

À chaque année, Laurie Pronovost participe au Sageek, une convention et une célébration qui rend honneur à la culture geek au Saguenay, dans le cadre de la mascarade de cosplay. Car elle réalise aussi des maquillages d'effets spéciaux. Lors de l'édition 2017 du festival, elle a remporté tous les prix, et ce dans toutes les catégories confondues. 

  Sageek, 2017

Le thermoplastique polymorphe: une matière aux possibilités multiples

Quand elle crée ses personnages, l'artiste use de toutes les ressources imaginables afin
de les perfectionner. C'est ainsi qu'elle a commencé à fabriquer ses propres dentiers, afin de parfaire toujours plus ses créations. ''J'ai fais beaucoup d’essais et erreurs avec différentes matières. Au niveau du maquillage, cela s'avère souvent très couteux. Le plastique polymorphe est plus abordable, et ça fait donc moins mal au cœur, lorsque l'on manque notre coup! Ce sont de minuscules billes de plastique que je fais fondre dans l’eau bouillante. La texture ressemble à celle d'un chewing-gum, que je viens appliquer sur les dents. Je peux ensuite façonner la matière à ma guise. Avec beaucoup d’ajustements, de patience et de temps à perdre...j’obtiens finalement un dentier!'' 

 

Le Dark art : ou l'art de confronter le public à ses propres peurs

Laurie Pronovost a visiblement toujours eu un penchant pour l'horreur et l'étrange, j'ai donc voulu savoir ce qui l'allumait le plus dans cet univers. ''Ce qui m’anime, quand je regarde un film, une peinture ou un maquillage, c'est que l'oeuvre puisse nous faire vivre un bref instant d’angoisse, nous confronter à nos propres peurs.'' 


On peut suivre le travail de Laurie sur cette page https://www.facebook.com/lory.artiste/

Et la joindre par courriel au lory.artiste@gmail.com


















lundi 18 mars 2019

Eric Braün : pleins feux sur l'art figuratif hors norme

                                                                  Alarmiste, 2017
Eric Braün s'inspire du surréalisme, de l'art ancien, de l'inconscient, de la nature, de l'art africain et de l'art psychédélique. Ses œuvres nous plongent dans un univers hétéroclite, aux couleurs tantôt sombres, tantôt éclatantes; et qui nous surprend aussi par la très grande diversité de ses éléments. En effet, l'artiste aime ajouter des composantes à ses oeuvres, pour venir contredire les éléments préexistants, et laisser place à une multitude d'interprétations possibles. Entretien avec un artiste multidisciplinaire qui se passionne pour l'art figuratif hors norme.   
Des créatures hybrides sous le projecteur

J'ai demandé à l'artiste de nous parler de ses étapes de création : ''Je dessine des quantités incalculables de créatures hybrides (que je trace plus vite que la pensée!) pour en faire des compositions en traçant avec un projecteur celles choisies. Puis vient l'exécution à l'acrylique, le choix des couleurs, le ciel, le décor et les personnages. J'aime faire plusieurs peintures à la fois, en reprenant l'une pendant que l'autre sèche.''

Le projecteur lui permet de reproduire ses dessins et de les agrandir, car Eric Braün a l'habitude de créer ses créatures hybrides sur des petits bouts de papier qu'il traîne en permanence dans ses poches. 

                                                             Dialogue chimérique, 2015

Se dépayser pour mieux apprendre et se perfectionner.

J'ai demandé à l'artiste de quelle manière avait-il appris à se perfectionner : ''Par la pratique, il n'y a pas d'autre façon pour moi. L'oeil se raffine, il devient de plus en plus précis avec l'exercice.''
Mais il a aussi souligné l'importance de s'imprégner des cultures et des endroits différents pour progresser : ''Le fait de voyager en Europe et en Amérique centrale m'a ouvert les yeux sur l'art ancien européen, l'architecture médiévale et ses symboles, la culture aborigène tribale, la nature exotique, les temples et les statuettes spectaculaires. ''

Insanatorium, 2018
Une passion pour le dessin qui se déclare dès l'enfance
À l'âge de six ans, Eric Braün a décidé qu'il voulait devenir dessinateur. Il s'est intéressé très jeune à la bande-dessinée. Depuis cette époque, il a aussi découvert une multitude de disciplines artistiques qu'il affectionne tout autant, à l'instar de la sculpture, de la gravure, du cinéma, de la musique et du collage.
''J'ai simplement ajouté d'autres façons de créer. La bande-dessinée a occupé toute ma jeunesse, la musique s'est rajoutée à l'âge 15 ans; puis ensuite la peinture, que je pratique plus activement depuis environ 5 ans.'' 

                                                              La légion d'honneur, 2017

L'usine 106U : un lieu à contre-courant des tendances artistiques
Eric Braün est le fondateur de l'Usine 106U, une exposition qui se voulait d'abord éphémère, mais qui perdure depuis 2006; en présentant à chaque mois une exposition collective regroupant les œuvres d'artistes dont l'art est habituellement exclu des galeries traditionnelles et commerciales.
Située au 160 Roy Est, à Montréal, l'Usine 106U permet aux artistes d'exposer leurs œuvres moyennant une cotisation mensuelle de 50$. 

                                                               Virgile et Dante, 2016
Les automates : des créatures inspirées des cabinets de curiosité du IXème siècle
                                                                    Gontran, 2018
Eric Braün est aussi le créateur des automates, des êtres improbables qu'il définit comme : '' Le produit contre-nature d'un désir de redonner vie a ce qui l'a perdu, en combinant des pinces de crabe avec un crâne de mammifère, diverses fourrures synthétiques et des poupées de plastique animées Made In China.
Grandes peintures, petites gravures...
J'ai demandé à l'artiste quels étaient ses projets à moyen terme et à long terme : ''Pour l'instant, je produis surtout des peintures de plus grande envergure et des petites gravures, dans la suite des chimères inconscientes, (les dessins de créatures hybrides tracés à toute vitesse) en plus de préparer un 2ème film...''
Suggestions musicales
Puisque la musique demeure pour plusieurs artistes un élément clé dans leur processus de création, j'ai choisi de terminer mes chroniques avec les suggestions musicales des artistes.
En travaillant, Eric Braün aime écouter du noise-ambient-dark-experimental: NOIZVALV, Coil, Phobos, Attrition, Psychic TV, Hellvete... 



               

vendredi 1 mars 2019

Caroline Beaudoin : la passion du cinéma d’horreur

*Cet article a été publié précédemment dans le magazine Clair/Obscur, 5 juillet 2018



                                                                                      Nurses, (silent Hill)  2017


Caroline Beaudoin est une artiste (fanart) qui a grandi en se plongeant dans les histoires d’horreur de Stephen King, et en se passionnant pour le cinéma d’horreur. Elle réalise des œuvres qui mettent en scène les personnages et les monstres issus de ses films préférés. Mais elle a aussi commencé à travailler récemment sur son tout premier projet original. Entretien avec une artiste à part entière, qui a choisi de vivre sa passion sans compromis.


                                                         The Chatterer, (Hellraiser) 2017         

Les films d'horreur et les monstres préférés de l'artiste
 
Étant donné son engouement pour le cinéma d’horreur, j’ai demandé à Caroline quels étaient les films qui l’avaient particulièrement marquée. Elle se souvient très bien du premier film qui a réussi à la fasciner, quand elle était encore une fillette. L’univers de Nightmare on elm street a littéralement happé l'enfant, qui a surtout adoré ''…l’idée qu’un vilain puisse venir te tuer dans tes rêves.''
                    
                                               Chest of souls, (Nightmare on elm street 3) 2017
 
Un concept qu’elle estime ''super original et terrifiant à la fois''. Elle a aussi beaucoup aimé l’adaptation cinématographique du livre de Stephen King, Pet Cemetary. ''Je crois que de l’avoir vu très jeune, et le fait que ça traite de la maladie et de la mort m’avait beaucoup perturbée.'' Relate-t-elle. Quand je lui ai demandé de me dire quels étaient ses monstres préférés, Caroline s’est montrée très hésitante. Choisir entre Freddy Krueger, du film Nightmare on elm street, le Xénomorphe et le Facehugger du film  Alien, le Pennywise de Stephen King, ou encore la chose dans le film The Thing… (un univers qu’elle a d’ailleurs la chance d’explorer en ce moment, en réalisant un projet en lien avec ce film, pour un client) s’avérera toujours pour elle un choix des plus ardus.

 Les différentes étapes de création: du croquis jusqu'au produit final 

En regardant une œuvre, on peut parfois se demander comment l’artiste est-il pavenu à atteindre le produit final? La lumière, les ombres, les textures. Comment tout cela est-il né? J’ai donc demandé à Caroline Beaudoin de quelle manière elle avait l’habitude d’aborder la toile blanche. 

''Je commence toujours par faire le croquis au crayon sur ma toile. Ça m’aide à bien proportionner mon dessin et à savoir un peu ou je m'en vais quand vient le temps de passer à la peinture''

Avant l’utilisation du médium acrylique, Caroline a essayé diverses techniques. Elle a commencé par faire de l’art digital avec une tablette numérique, mais cette forme d’art la rejoignait peu. ''Je me suis vite rendue compte que ce n’était pas fait pour moi, car le contact avec la matière est très minime.'' Ensuite, elle a fait du dessin pendant un bon bout de temps, avant de découvrir la peinture. ''J'ai aussi fait du dry brush (huile sèche) et ensuite testé l’huile, mais c’était beaucoup trop lent à sécher.'' 
  
                                                                            Creation of evil, (Hellraiser 2) 2018

Après avoir tracé son croquis au crayon, Caroline applique un fond de peinture à la toile, un peu plus basique, où elle ne met pas trop de détails. ''C’est un peu encore l’étape du croquis pour moi.'' Jusqu’à maintenant, la peinture acrylique demeure son médium préféré; mais elle n’exclut pas la possibilité de travailler un jour avec d’autres médiums.''Étant une fan d’art en général, j’aime découvrir de nouvelles choses.''

L’étape suivante est celle où Caroline travaille les couleurs, plus représentatives du produit final. Les ombres et les textures apparaissent. ''Et c’est par la suite, à la dernière étape, que je fais apparaitre tous les petits détails et les effets de lumière.'' Elle aime travailler de cette manière, puisque cela lui donne l’impression que ses toiles prennent vie peu à peu, sous ses yeux.

 Une artiste autodidacte, et une évolution artistique en plein essor
    
Caroline a l’habitude d’apprendre par essai-erreur. Elle adore apprendre par elle-même, et elle en tire aussi une grande fierté. Elle a déjà suivi des cours d’art au cégep, mais cela ne lui correspondait pas entièrement. 

Ce qu’elle a toujours aimé faire, c’est des trucs plus bizarres, et qui restent dans l’univers de l’horreur. Ce qu’elle avait moins l’occasion de faire en restant assise sur les bancs d’école. Elle a donc choisi de s’assumer complètement, puis elle a abandonné les cours d’art. Ensuite, elle a beaucoup appris en regardant des tutoriaux sur Youtube.



Au bout d’un moment, Caroline a ressenti le besoin de faire autre-chose. D’aller au-delà de la simple reproduction d’image. C’est comme ça qu’elle a commencé à ajouter certains éléments à des photos pré-existantes, ou qu’elle a appris à mélanger des images différentes. Caroline Beaudoin cherche toujours à s’améliorer, et elle a entrepris récemment de travailler sur son tout premier projet 100% original. Il s’agit d’une grosse pieuvre, un Kraken; qui n’est pas encore terminé, mais qu’elle a néanmoins accepté de nous montrer.
 
Technique et imagination, ou l’art du perfectionnement

Quand j’ai demandé à Caroline quels étaient ses projets à moyen terme et à long terme, elle m’a répondu qu’elle voulait surtout continuer à se perfectionner, à développer toujours plus son imagination et sa technique, afin de créer de plus en plus de projets originaux. ''Je suis toujours étonnée et vraiment reconnaissante envers chaque personne qui me suit, qui m’encourage. Et je suis aussi très reconnaissante envers ceux et celles qui m’aident à pouvoir vivre de mon art.''




Ici, l'artiste a accepté de nous montrer les différentes étapes de son travail. ''Je n’ai pas toujours montré toutes les étapes de mon travail, mais il y a quelques temps, j’ai commencé à le faire sur ma page Facebook et je trouve ça vraiment plaisant de pouvoir voir les photos de chacune de ces étapes. J’aborde chaque projet de la même façon, en me disant que je veux toujours faire mieux que la fois précédente; mais parfois, quand il m’arrive de douter à la première étape, quand ça ne ressemble à rien, je retourne voir les photos du processus de mes anciens projets et ça agit comme un élément motivateur, de me dire que je dois être patiente et continuer à travailler encore plus fort, pour que ce soit encore mieux que la dernière fois.''

On peut suivre le travail de Caroline sur sa page facebook: Caroline Beaudoin Artiste




samedi 16 février 2019

Jean-Michel Cholette : entre le clair et l'obscur, une harmonie des contrastes

                                                                           
                                                                  Heru Ra-Ha, 2016                       
Jean-Michel Cholette aborde très souvent le thème de la mort dans ses œuvres. À l'âge de dix ans, un événement tragique a fait naître chez l'artiste un questionnement profond et permanent sur le phénomène de la mort. Après avoir vu l'un de ses amis être happé, avec une force très brutale, par un camion; l'enfant a eu besoin de trouver un sens, de savoir comment interpréter cette conscience de la mort. Aujourd'hui, il pense que la mort est un contraste saisissant avec la vie, comme la lumière sur les ombres; et que c'est précisément cette opposition qui donne à la vie tout son sens, qui fait éclater sa lumière.

Entre la lumière et les ténèbres

Jean-Michel Cholette utilise une technique appelée clair-obscur, qui joue sur les contrastes. Dans l'art figuratif, le clair-obscur désigne une méthode qui permet de créer des formes en utilisant les contrastes, parfois en réalisant des gradations sombres sur un fond plus clair; mais aussi parfois à l'inverse, en utilisant des couleurs claires sur un fond plus sombre.
'' J'utilise des contrastes de lumière et d'ombre pour définir mes formes. J'ai toujours voulu éviter les lignes de contours qui donnent un aspect plus graphique, style bande-dessinée.'' 

                                                                 Mind control, 2013

Une atmosphère onirique

L'artiste utilise le ''air-brush'' pour créer des effets de flous, et donner une ambiance onirique à ses oeuvres. Il utilise aussi des pochoirs (gabarits) en carton, qu'il découpe lui même : ''En fait, je passe autant de temps à découper des cartons qu'à peindre.''
Jean-Michel Cholette débute toujours ses tableaux sur un fond noir, et il utilise ensuite le ''air-brush'' comme une lumière sur les formes plus sombres. Les couleurs surgissent souvent de manière éclatante, dans ses œuvres aux teintes plus pâles, comme éthérées; et qui nous plongent dans un univers peuplé de créatures et de personnages étranges, entre la vie et la mort. 

                                                                     Spasm, 2008

Le corps humain: icône principale de son travail

Jean-Michel Cholette a déjà travaillé dans un centre funéraire bouddhiste, où il maquillait les défunts. Lorsque je lui ai demandé de me décrire la relation entre cette expérience et son art, il m'a répondu ceci: ''Avant, je tentais d'exprimer l'existence et la condition humaine d'une façon plus globale. Suite à cette expérience, le corps humain est devenu l'icône principale de mon travail.''

                                                                 Les Ékorchés, 2011

Des expositions à travers le monde

Jean-Michel Cholette a beaucoup voyagé pour son art. Sa première exposition internationale a eu lieu en 2007, en Suisse; dans le cadre de ''L'expo qui rend fou''. Un hommage à H.P Lovecraft, célèbre écrivain d'horreur ayant vécu au vingtième siècle. Une exposition qui a aussi été présentée en France et en Italie.
Plus près d'ici, Jean-Michel Cholette a aidé à mettre en place l'Usine 106U, où il a également exposé à plusieurs reprises. Il s'agit d'une galerie d'art autogérée fondée en 2006 par Eric Braün, à Montréal; et qui se spécialise dans la figuration hors-normes. Jean-Michel Cholette n'a jamais cessé d'exposer ses œuvres depuis ''L'expo qui rend fou'', et il a aussi travaillé avec l'écrivain d'horreur Patrick Senécal. 
        
                                        
Nouveau livre à paraître sous peu...
À la fin du mois de février 2019, Jean-Michel Cholette lancera son livre intitulé Thanato Templi, en collaboration avec l'auteur Patrick Senécal. L'ouvrage comprend des centaines d'oeuvres, et il survole vingt ans du carrière de l'artiste; en partageant des œuvres de poésie et des pensées philosophiques.
On peut suivre le travail de Jean-Michel Cholette sur son site web:www.art-cholette.com

Suggestions musicales

Puisque la musique demeure pour plusieurs artistes un élément clé dans leur processus de création, j'ai choisi de terminer mes chroniques avec les suggestions musicales des artistes.
En travaillant, Jean-Michel Cholette aime écouter plusieurs styles de musique. En passant des chants de gorge au speed metal. Il aime aussi les trames sonores de films de science-fiction.